Depuis le 1er juillet 2025, les centres de santé sénégalais administrent un vaccin hexavalent qui protège en une seule injection contre la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, l'hépatite B, les infections à Haemophilus influenzae de type b et la poliomyélite. Un seul geste, six maladies. Fini le double passage pour le penta et le VPI.

Le ministère de la Santé et de l'Action sociale, avec l'OMS et l'UNICEF, avance un chiffre : 2 300 hospitalisations évitées chaque année d'ici 2030. Encore faut-il que le vaccin arrive intact jusqu'au bras de l'enfant. C'est là que le vrai défi commence.

Près de 6 000 agents de santé, des équipes de district aux équipes régionales, ont été formés à la gestion de ce nouveau produit. La consigne est stricte : entre +2°C et +8°C, jamais congelé. Un écart, même bref, et la dose ne vaut plus rien.

  • L'Ă©lectricitĂ©, pas le vaccin, reste le maillon faible. En Afrique subsaharienne, environ un quart Ă  un tiers des vaccins sont perdus Ă  cause de ruptures de tempĂ©rature, presque toujours liĂ©es Ă  des coupures de courant plutĂ´t qu'Ă  une pĂ©nurie de doses.
  • Le solaire comme rĂ©ponse structurelle. Les rĂ©frigĂ©rateurs Ă  Ă©nergie solaire directe stockent le froid dans la glace plutĂ´t que dans des batteries, ce qui leur permet de tenir la nuit, mĂŞme sans rĂ©seau Ă©lectrique Ă  proximitĂ©.
  • Le SĂ©nĂ©gal, terrain d'essai historique. Le pays a servi de site pilote, aux cĂ´tĂ©s de l'IndonĂ©sie et de Cuba, pour valider cette technologie avant sa prĂ©qualification par l'OMS en 2010. Quinze ans plus tard, elle Ă©quipe encore les postes de santĂ© les plus isolĂ©s.
  • Le financement suit un partage clair. Gavi, l'Alliance du vaccin, couvre l'essentiel du coĂ»t d'introduction de l'hexavalent ; l'État sĂ©nĂ©galais complète Ă  hauteur de 20 %, un signal de continuitĂ© budgĂ©taire pour un programme censĂ© durer.

Sur le terrain, la logique change peu à peu. Dans les zones rurales où le poste de santé peut se trouver à quinze kilomètres du dépôt de district, contre cinq cents mètres à Dakar, un réfrigérateur qui fonctionne sans dépendre du réseau n'est plus un confort. C'est une condition de survie du programme.

Reste la question du dernier kilomètre. La formation, le solaire et le financement avancent ensemble. Mais rien de tout cela ne remplace un agent de santé présent, un frigo entretenu, et une mère qui revient pour la dose suivante.